Comment venir à bout des écarts de salaires entre les hommes et les femmes?

SOCIAL A l’occasion du forum MC@Work 2018 organisé ce vendredi par «Marie Claire» autour du thème « Les femmes et l’argent », retour sur les causes des inégalités salariales en France…

Une femme et un homme au travail. — Pixabay/rawpixel
  • Les femmes gagnent 25 % de moins que les hommes tous postes confondus.
  • Mais elles touchent 9 % de moins que les hommes à poste équivalent ;
  • Elles se heurtent notamment à un plafond de verre lorsqu’elles deviennent mères.
  • Les mesures législatives pour lutter contre ces écarts salariaux ne semblent pas assez contraignantes pour les entreprises.

A l’heure de l’affaire Weinstein et de la dénonciation des injustices subies par les femmes, les inégalités de salaire sont plus que jamais un sujet de crispation. Ce thème sera d’ailleurs abordé lors du forum  MC@Work qui a lieu ce vendredi en partenariat avec 20 Minutes.

Stéréotypes et emplois précaires

Aujourd’hui, « les femmes gagnent toujours 9 % de moins que les hommes à poste équivalent et 25 % en moyenne de moins que les hommes tous postes confondus », a rappelé la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, dans le JDD en janvier dernier.

« Dans les 25 % d’écart entre la rémunération des femmes et celle des hommes, une part s’explique par des retards culturels, la persistance des clichés sexistes dès l’enfance, le fait qu’elles n’accèdent pas à tous les métiers qu’elles pourraient exercer », a-t-elle indiqué. Un avis partagé par Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle : « ces écarts globaux de salaires sont dus au fait que les femmes occupent plus souvent que les hommes des emplois précaires ou à temps partiel. Mais aussi que 44,8 % des emplois féminins soient concentrés dans quelques secteurs peu rémunérateurs, comme l’administration publique, la santé, l’enseignement ou l’action sociale ». Pour s’attaquer à ces causes, les gouvernements successifs se sont attelés à la lutte contre les stéréotypes sexistes, contre l’autocensure dans les choix d’orientation des filles, contre le temps partiel subi. Un travail de longue haleine qui prendra encore du temps.

Les inégalités à poste égal inacceptables

« Mais l’écart de 9 % qui demeure à travail égal aurait déjà dû disparaître », s’est emportée Muriel Pénicaud, qui a promis de leur faire un sort d’ici la fin du quinquennat. Car selon Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, « cet écart témoigne des discriminations vécues par les femmes dans le monde du travail ». Et ce, dès leurs premiers pas professionnels, estime Diane Dupont, consultante diversité chez Diversidées : « En début de carrière, les femmes touchent 4 % de moins que les hommes à poste égal », affirme-t-elle. « Le diplôme d’une femme vaut moins que le diplôme d’un homme, car il est fragilisé par le « délit de maternité » », surenchérit  Brigitte Grésy.

« Et ces écarts salariaux grandissent en cours de carrière avec l’arrivée des enfants et le fait qu’elles n’aient pas accès aux mêmes promotions que les hommes », souligne Diane Dupont. Suspectées d’être moins disponibles si elles ont des enfants en bas âge et subissant encore l’inégal partage des tâches domestiques, les femmes se heurtent à un plafond de verre dans l’entreprise.

« La culture du présentéisme dans les entreprises pénalise beaucoup les femmes. Le fait de sortir tard du bureau étant considéré comme une valeur d’excellence, les femmes qui doivent rentrer tôt chez elles pour s’occuper de leurs enfants restent souvent sur la touche », commente Brigitte Grésy. « D’autant que les hommes ont tendance à se coopter entre eux et ont moins le réflexe de confier un poste à responsabilité et le salaire qui va avec à une femme », souligne Louis Maurin.

La maternité a un coût professionnel

Depuis 2006, grâce à  la loi sur l’égalité salariale, une salariée de retour de congé de maternité doit bénéficier des augmentations générales ainsi que de la moyenne des augmentations individuelles perçues pendant la durée de son congé par les salariés relevant de la même catégorie professionnelle qu’elle. Mais les choses ne sont pas si claires sur le terrain. « La loi n’est pas toujours appliquée, notamment, parce qu’il n’existe pas de sanctions », souligne Brigitte Grésy. « Encore beaucoup de PME ne connaissent pas la loi », souligne aussi Marie Donzel, consultante chez Alternego et experte de l’égalité femmes-hommes.

Par ailleurs, des sanctions financières ont été prévues pour les entreprises n’ayant pas mis en place de plan d’action ou d’accord relatif à l’égalité professionnelle. Depuis 2013, environ 150 sanctions auraient été émises, alors qu’il existe beaucoup plus d’entreprises récalcitrantes. Mais il n’y aurait pas assez d’inspecteurs du travail pour effectuer suffisamment de contrôles. « Or si on ne sanctionne pas, la loi n’est pas respectée », souligne Marie Donzel.

Des inégalités de matière de négociation

Si certaines femmes gagnent moins bien leur vie que les hommes à poste égal, c’est aussi parce que leur rapport de force avec leur employeur ne serait pas le même, selon Marie Donzel : « Une étude a montré que les femmes ont 25 % moins de chances d’obtenir une augmentation car pour une entreprise, il est moins coûteux de dire non à une femme qu’à un homme. Et ce parce qu’en cas de refus, ce dernier aura le réflexe d’aller chercher immédiatement du travail, alors qu’une femme mettra beaucoup de temps à prendre la décision de chercher ».

De plus, les employeurs ne porteraient pas le même regard sur les hommes ou les femmes qui négocient, selon Brigitte Grésy : « Quand une femme demande une augmentation, elle l’obtiendra peut-être, mais sa démarche sera connotée négativement par son manager, comme si elle était vénale. Alors que la demande d’augmentation d’un homme sera considérée comme légitime ».

S’y ajoute l’idée que les femmes auraient un moindre réflexe négociateur que les hommes, selon Diane Dupont : « En France, ce ne sont pas les meilleurs salariés qui progressent, mais ceux qui communiquent le mieux sur ce qu’ils font. Or, on a moins habitué les femmes à demander alors que les hommes savent le faire et sont conscients de leur valeur ». Un avis partagé par Brigitte Grésy : « Les femmes ne sont pas de pauvres choses timides. Mais il est vrai que depuis leur naissance, elles se construisent autour de la notion d’altruisme, là où un homme forge son identité autour de la prise de risque et la valorisation de lui-même », estime-t-elle. De plus, selon Marie Donzel. « Une femme ne regarde pas son salaire​ comme un indicateur de sa valeur professionnelle, mais aura plus tendance à le négocier en fonction de ses besoins matériels ».

Et si les salaires étaient plus transparents ?

Enfin, le manque de transparence en France sur les salaires pénaliserait aussi les femmes dans leur tentative de jouer à égalité avec leurs collègues occupant les mêmes postes. « L’Allemagne favorise depuis janvier 2018 la transparence en matière de rémunération. Une femme peut ainsi demander à connaître le salaire d’au moins six collègues masculins, occupant une fonction similaire. Cela permet aux femmes d’avoir les bons arguments pour négocier », insiste Marie Donzel. Une telle initiative semble difficilement envisageable aujourd’hui en France. « Et si elle l’était, encore faudrait-il que les femmes se saisissent de ce droit. Mais certaines n’auraient-elles pas peur de revendiquer auprès de leurs managers ? », s’interroge Diane Dupont.

D’autres défenseurs de l’égalité salariale hommes-femmes, veulent s’attaquer à une autre racine du problème en instaurant un congé paternité obligatoire, seule solution efficace selon eux pour changer le regard des recruteurs. ‘allongement de congé pour les jeunes pères est aussi évoqué. Un rapport de l’Igas (Inspection générale des Affaires sociales) vient d’être commandé par la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa sur le sujet.

Article originally posted by 20minutes.