JO 2018: La très psychologique poursuite est taillée pour Martin Fourcade… Si si, même après sa désillusion au sprint

BIATHLON Surtout après sa désillusion, même…

  • Après avoir été très maladroit au tir couché, ce dimanche, Martin Fourcade va défendre son titre olympique sur la poursuite (13h).
  • Le Français partira avec 22 secondes de retard sur l’Allemand Peiffer. Et c’est idéal pour lui, il adore l’exercice.

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

Il ne manque que la musique d’Ennio Morricone. Et ça se passe sur la neige, pas dans le Far West. Et les deux bonshommes ne se tirent pas dessus, mais sur des cibles. Mais avec un peu d’imagination, l’arrivée sur le pas de tir lors d’une poursuite, c’est le duel d’Il était une fois dans l’Ouest.

Pas convaincus par ce qui ressemble à la comparaison la plus capillotractée de ce début d’olympiade ? (Re) lisez ce que Martin Fourcade disait de la poursuite, son épreuve préférée, dans sa bio, Mon rêve d’or et de neige. (On s’est permis quelques coupes) :

« J’aime le combat d’homme à homme. Sur la mass-start, il n’a pas la même saveur : en poursuite, l’effet d’une accélération sur ton adversaire est immédiat : il saute, et tu le vois sauter. Sur une mass-start, comme on court en peloton, la sélection se fait par l’arrière. Les coureurs en queue de peloton sont décrochés, sans savoir qui a accéléré. Cela limite la portée du geste et aussi, j’avoue, le plaisir que j’en retire. »

Ça y est ? Elle vous a convaincu, notre comparaison ? Il le dit lui-même, et très tranquillement, même : Martin Fourcade est un tueur froid, qui aime plus que tout… surprendre ses adversaires dans le dos.

« Quand j’ai réussi une bonne performance lors d’un sprint sans l’avoir remporté, je me retrouve au départ de la poursuite dans une position de chasseur. J’aime planifier mon retour sur mon adversaire et parvenir à le rattraper un peu avant le moment prévu. J’aime passer de chasseur à gibier quand je reprends la tête de la course ! »

Il devrait donc aimer la poursuite de ce lundi : il partira avec 22 secondes de retard sur l’Allemand Peiffer, qu’il a très nettement dominé sur les skis ce dimanche. Il a dominé tout le monde, d’ailleurs. Alors on imagine bien Martin Fourcade avoir « planifié » dans la nuit coréenne son retour sur le peloton de tête. Et ce sera sans doute à proximité d’un pas de tir, pour leur faire sentir son souffle chaud sur la nuque.

L’ego, l’ado et les rivaux

Assez littéralement, d’ailleurs, puisqu’il a l’habitude – rien de honteux – de respirer très fort pour signaler sa présence à son voisin. Tout est bon pour lui faire louper une balle, non ? Vincent Jay, médaillé de bronze à Vancouver en poursuite, et désormais consultant sur France Télévisions : « Un biathlète est censé rester dans sa bulle… Mais quand tu es sur le pas de tir, tu entends les balles des autres, tu entends si leurs cibles sont bonnes. » Et la machine peut s’enrayer. « Martin est celui qui joue le mieux avec ça, car il s’installe plus vite que les autres », conclut Jay qui, il y a bien longtemps, fût son « rival ».

Il y a plus longtemps encore, Martin Fourcade était un jeune biathlète en formation, à Font-Romeu. Et déjà, l’ado aimait « inviter ses adversaires à mener », « leur mettre des mines pour leur casser le moral », bref, les « impressionner ». C’est son entraîneur de l’époque, Denis Boissière, qui raconte.

« Martin a eu une chance », dit aussi Boissière. A l’époque, « il n’était pas le meilleur. Jean-Guillaume (Béatrix) et Aymeric (Deschamps) étaient souvent devant. » La chance de Fourcade, c’était donc que son ego soit froissé, que son orgueil soit titillé. Dit comme ça, ce sprint olympique raté en mondiovision, c’est la plus belle chose qui lui soit arrivée cette saison.

Article originally posted by 20minutes.