Tchad : le secteur privé rejoint les fonctionnaires pour une grève « générale »

La grève sociale généralisée au Tchad, soutenue par l’opposition, a pris des allures de fronde contre le président Idriss Déby Itno. Elle fait suite aux mesures d’austérité mises en place par le gouvernement.

© Sia Kambou, AFP | Vue aérienne de la capitale tchadienne, N’Djamena.

La grève « générale » au Tchad, décrétée il y a une semaine par les fonctionnaires pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement, touche désormais le secteur privé et a été massivement suivie lundi 5 février à N’Djamena, a constaté un journaliste de l’AFP.

Le personnel des banques privées, des opérateurs de téléphonie mobile et autres secteurs ont cessé le travail, en solidarité avec les travailleurs du public, en « grève générale illimitée » depuis une semaine.

« La grève [du privé] est bien suivie. Même s’il y a des endroits ouverts, les travailleurs sont absents », dans l’ensemble du pays et en particulier dans le secteur pétrolier, a déclaré à l’AFP le président de l’Union des syndicats du Tchad (UST), Barka Michel.

À N’Djamena, la circulation a été moins importante que d’habitude lundi et l’on observe depuis plusieurs jours un léger renforcement de la présence de forces de sécurité dans les rues de la ville.

Service minimum

La « plateforme syndicale revendicative », composée de trois syndicats dont l’UST, avait lancé la semaine dernière un mot d’ordre de grève de deux jours pour les travailleurs du secteur privé à partir de ce lundi, en soutien aux employés du public.

Depuis une semaine, les administrations fonctionnent au ralenti, avec un service minimum dans le secteur de la santé. Les écoles du primaire et du secondaire, dans le public comme dans le privé, sont fermées depuis fin janvier.

À l’appel des principaux syndicats tchadiens, cette grève dénonce une coupe dans les primes et indemnités des salaires des fonctionnaires depuis ce mois de janvier, conséquence de la loi de finances 2018.

Cette grogne sociale généralisée, soutenue par l’opposition, a pris des allures de fronde contre le président Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 1990. Elle fait suite aux mesures d’austérité mises en place par le gouvernement pour pallier la grave crise économique que traverse le pays pétrolier depuis 2014, conséquence de la chute du prix du baril.

Marche de la société civile interdite

La semaine dernière, le parti au pouvoir, le MPS, avait invité « les partenaires sociaux à privilégier le dialogue à tout autre mouvement, pour une sortie consensuelle de crise ».

Lundi, le Syndicat des magistrats du Tchad (SMT) a lancé à son tour, à l’issue d’une assemblée générale, un appel à « grève sèche et illimitée ».

Le Collectif tchadien des organisations de la société civile (CTOSC), a également appelé à une nouvelle « marche pacifique » jeudi, contre le « système de gouvernance » au Tchad.

Une marche de la société civile avait été interdite le 25 janvier et les protestataires empêchés de se rassembler.

L’Église tchadienne s’est par ailleurs exprimée pour la première fois dimanche, appelant à une sortie de crise par le « dialogue sincère », dans un pays où les chrétiens représentent un tiers de la population. L’archevêque de N’Djamena, Mgr Edmond Djitangar, s’est inquiété de l' »escalade marquée par des menaces, des durcissements » et « des grèves préjudiciables pour la vie sociale et économique », notamment pour les élèves et les malades.

Avec AFP

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